Benjamin Millepied, le danseur aux mille talents

A 31 ans, Benjamin Millepied, jeune homme au regard bleu acier, est arrivé à force de travail et de talent, au sommet de son art. De Bordeaux à New-York, il intègre le New York City ballet et en devient vite une étoile. Chemin faisant, il devient chorégraphe et ses créations font le tour du monde. En cette fin d’année 2009, il pose pour un temps ses valises en Europe, passe par l’opéra Garnier pour une nouvelle représentation de son ballet Amoveo et, ajoutant une nouvelle corde à son arc, fait son entrée dans le monde du cinéma pour donner la réplique à Natalie Portman dans le prochain film de Darren Aronofsky.

benjaminmillepiedportrait

Entre deux aéroports, une première de son tout nouveau ballet à New-York, et un passage rapide par le Japon, Benjamin Millepied fait une petite halte d’une semaine en France. La première d’Amoveo sous les ors de l ‘Opéra de nous arrivons à le croiser à l’hôtel Murano. Très humble, comme tous ceux qui ont du talent, il nous parle de sa famille où la musique a toujours constitué un lien entre les générations et les individus. « J’ai grandi dans une famille de musiciens, raconte-t-il. Ma maman est professeur de danse. Tous mes frères pratiquaient un instrument et ont aussi fait de la danse ; mon père, du piano. Il y avait toujours de la musique dans la maison. Toute mon enfance a baigné dans une atmosphère qu’on peut qualifier de musicale. Tout petit, mon désir de danser était surtout lié à la musique et répondait à un besoin de création intimement lié à cet art. Dans les spectacles organisés par la famille, quand je montais sur scène, c’était sur des choses que j’avais imaginées. Ma carrière de danseur s’intègre dans un univers créatif beaucoup plus large dont la musique est la matrice originelle. J’ai su très tôt que je voulais être chorégraphe, mais c’est la musique qui a guidé cette démarche et qui a toujours été mon principal moteur. »

A 13 ans, ce jeune bordelais débute son apprentissage de la danse classique à Lyon. C’est un garçon très physique, rempli d’énergie, qui a besoin de se dépenser. La danse classique l’attire par son côté athlétique qui lui permet de s’exprimer et de pousser son corps au maximum. Deux ans plus tard, bille en tête et fasciné par les vidéos de Mikhail Baryshnikov, notamment Soleil de nuit, il part à New-York pour faire un stage à la School of American Ballet de New York. « Il y avait bien sûr les ballets de l’Opéra de Paris, Explique-t-il, avec Sylvie Guillem et la direction de Noureev. Il se passait plein de choses, mais dans ma tête, c’était à New-York qu’il fallait être. Un professeur de Lyon m’avait montré des vidéos de Balanchine, et le rapport qu’il y avait entre les ballets et la musique dans ses créations. Ça m’a plu ; ça me ressemblait ; ça me parlait. Je voulais aller à New-York. Je voulais réussir à New-York. » Dans la foulée, il tombe amoureux de la ville, de ses spectacles, de ses ballets, de la foule cosmopolite qui peuple ses rues et du brassage culturel qui en naît. Et tout s’enchaîne très vite. A 18 ans, il intègre le prestigieux New York City Ballet.

Trois ans plus tard, Benjamin Millepied devient danseur soliste. « C’est à partir de ce moment que j’ai pu me consacrer véritablement à la chorégraphie, se souvient-il. C’est un vrai langage que j’aime utiliser : faire parler les corps. J’aime que ce que je crée reste spontané. Les situations se créent et évoluent. C’est un dialogue des corps. Un regard entre moi et les danseurs. » Dans Amoveo, un travail qu’il a effectué avec Paul Cox, peintre, graphiste et designer, il y a un véritable dialogue entre les corps et la peinture. « Pour cette nouvelle version, que j’ai raccourcie, explique-t-il, je l’ai rendue plus vivante et me suis plus consacré sur les parties que j’aimais : les duos et les trios. Je travaille d’ailleurs actuellement sur un trio qui ne ressemble à rien de ce que j’ai fait jusqu’à présent. C’est génial. Je vais vers de nouvelles directions. » La musique reste toutefois le véritable moteur de son art. C’est elle qui préside notamment au choix du nombre de danseurs sur scène. Alors qu’une tournée de différentes créations du jeune chorégraphe parcours la France, son solo Years later sera présenté à l’Opéra de Lyon, par un de ceux qui ont contribué à faire naître sa vocation, Mikhail Baryshnikov. Dernière parenthèse parisienne pour Benjamin, il rendra hommage à l’homme qui lui a mis le pied à l’étrier, Jérôme Robbins, dans une reprise de Triade, en Avril, à l’Opéra de Paris.

Curieux de tout, Benjamin Millepied se nourrit pour ses créations de ce qu’il voit : peinture, films, architecture sculpture, et bien évidemment de ce qu’il entend. Des peintres contemporains à l’âge d’or hollandais, tout l’inspire. « Je trouve cela hyper important d’être curieux, se confie-t-il. Après il faut savoir absorber. Pour moi des metteurs en scène, comme Ariane Mnouchkine ou Michael Haneke, peuvent être considérés comme des chorégraphes. Il y a une vraie élégance de la mise en scène, un timing si précis que cela se rapproche de la chorégraphie. »

Alors que vous lisez ces lignes, la nouvelle étape pour benjamin est le cinéma. En effet, il passe devant la caméra et devient acteur sous la direction de Darren Aronofsky. « Il cherchait un chorégraphe depuis pas mal de temps, raconte-t-il, et j’ai la chance d’avoir été choisi. C’est quelqu’un de très étonnant et de très intelligent. Il a une vraie connaissance de la danse, et n’arrive pas avec des idées arrêtées. Il sait se servir de ses collaborateurs. Pour moi, cette expérience est très enrichissante. Il est derrière moi quand on répète les scènes afin de me faire percevoir avec plus de justesse la logique de leur enchaînement. Les gestes sont très importants. Il y a un vrai dialogue entre nous. » Le film Black Swan, métaphore du célèbre ballet Le Lac des cygnes, accorde une large part à la danse et de nombreuses scènes sont mises en scène et interprétées comme de véritables ballets. Depuis plusieurs mois, Benjamin Millepied entraîne ses deux partenaires du film : Mila Kunis et Natalie Portman. A ce nom, le regard du otout jeune comédien s’éclaire. On le sent ému. « C’est très intéressant de faire travailler une actrice comme Natalie, confesse-t-il. C’est impressionnant de voir son jeu d’acteur dans un ballet, et tout ce qu’elle peut dégager au niveau des expressions. Lors du prologue du Lac des Cygnes, la voir exprimer l’émotion recherchée était hallucinant ! Je me suis senti petit à côté. Elle peut faire tellement de choses. Natalie est vraiment géniale. La seconde actrice, Mila Kunis est certainement aussi une étoile montante du cinéma. Elle est excellente. » Il faut attendre maintenant le printemps prochain pour pouvoir dans les salles obscures, les premiers pas sur grand écran du jeune chorégraphe.

Propos recueillis par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


Paru initialement dans Upstreet Numéro 79
Photographie : Mathieu Baumer
Stylisme : Aurélien Storny, et Nobu de l’atelier 68.
www.operadeparis.fr

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