Amour et rock sur fond de d’émigration

Au TNP de Villeurbanne, Maxime Mansion, l’un des quatre membres du cercle de formation et transmission initié par Christian Schiaretti pour épauler la nouvelle génération, porte à la scène sur fond de rock métal, l’histoire passionnelle de deux migrants, imaginée par Julie Ménard. Avec justesse et sans pathos, il signe une mise en scène en tout point remarquable, qui offre un souffle épique à un texte qui manque de corps, de lyrisme. 

Des néons zèbrent la pénombre. Les riffs de guitare joués en direct par le groupe Klone emplissent l’espace de leur sonorité underground. Emportée dans un tourbillon de beats très rock tendance métal progressif, une bande de jeunes musiciens se donnent à fond, s’éclatent sans penser au lendemain, au monde qui les entoure, oppressant, dictatorial. Des regards se croisent, des corps se rapprochent. Dans cette ambiance survoltée, de chair, d’excitation, de transgression, Sil (Antoine Amblard), le batteur, et Mia (Juliette Savary), une jeune groupie, s’attirent, se désirent, se choisissent, s’aiment, transportés par leur passion commune pour la musique.

inoxydables_TNP-fw3a0047-152_© Michel Cavalca_@loeildoliv

A l’extérieur, c’est invivable. Leur histoire, somme toute ordinaire, est confrontée à la dureté du quotidien, à l’absence de liberté, à la persécution d’un pouvoir qu’on imagine dictatorial. Seule échappatoire fuir. Quitter leur terre natale, leur famille, s’affranchir du matériel pour un ailleurs, de l’autre côté de la méditerranée, qu’on imagine forcément meilleur. C’est le début de l’exil, des désillusions, des espoirs maintes fois déçus. Face à l’enfer, malgré les épreuves, les risques inconsidérés pris, la survie ne tient qu’à un fil, celui viscéral d’un rêve que l’on souhaite encore et toujours atteindre.

S’emparant de ce sujet brûlant d’actualité et s’appuyant sur la sobre scénographie d’Amandine Livet, Maxime Mansion invite à suivre les péripéties de ces deux êtres réunis par l’amour, par cette flamme incandescente qui unit à jamais leur vie, au-delà des drames, des dangers, de l’horreur de la promiscuité, de la précarité qui jalonne le chemin de croix des réfugiés. Sans pathos, avec une économie de moyens, il nous plonge dans leur quotidien, au plus près de l’urgence vital qui les saisit. Il donne corps à ces histoires terribles, dont souvent, on refuse de voir l’éprouvante dureté, dont on refuse d’imaginer l’atroce réalité. C’est la grande force de ce spectacle, qui mêle avec habileté théâtre et musique et donne à l’ensemble la dimension homérique qui manque au texte de Julie Ménard

Rendre concret l’indicible, faire vibrer au rythme des tempos métal les corps et les cœurs, c’est le pari réussi du jeune metteur en scène. Prenant sa propre voie au carrefour des arts vivants, Maxime Mansion signe une épopée théâtrale digne d’intérêt et fait oublier les faiblesses de la dramaturgie, grâce à son talent monstre de faiseur d’images, de poésie.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Inoxydables de Julie Ménard
Résidence de création
Théâtre National Populaire– salle Jean-Bouise
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne cedex

mise en scène de Maxime Mansion
avec Antoine Amblard et Juliette Savary
création musicale et musique live de Guillaume Bernard, Aldrick Guadagnino et Yann Ligner, fondateurs du groupe Klone
création sonore de Quentin Dumay
création lumière de Lucas Delachaux
scénographie d’Amandine Livet
costumes de Paul Andriamanana Rasoamiaramanana
production Mathilde Gamon
production EN ACTE(S) 
coproduction Théâtre National Populaire 
avec le soutien de La Mouche – Saint-Genis-Laval 

projet lauréat de l’appel à projet « Création en Cours 2016-2017 » accueil studio aux Subsistances, Lyon, 2017-2018

Crédit photos © Michel Cavalca

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