23 rue couperin, cité HLM dans tous ses états

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A l’Athénée, Karim Bel Kacem invite à découvrir le 23 rue Couperin, l’immeuble de son enfance

Les émeutes enflamment la cité. Les immeubles rougeoient. Les bruits des conversations, les bribes de discours politiques, retentissent en filigrane entre les tours. Évoquant le « pigeonnier » de son enfance, Karim Bel Kacem fait vibrer le cœur des HLM entre lyrisme, réalité crue et beauté fantasmée. Un moment de théâtre musical déroutant sur la fatale tragédie d’un monde au bord de l’explosion.

Des roucoulements de volatiles résonnent sous les ors de l’Athénée. Dans les corbeilles entourant la scène, un homme étrange à tête de pigeon apparaît et disparaît au gré des jeux de lumière. Plongée dans le noir, la salle glisse imperceptiblement dans un monde surréaliste. Au cœur de la cité HLM amiénoise du quartier du Pigeonnier, où a grandi Karim Bel Kacem, les rues, les barres d’immeubles portent des noms de compositeurs célèbres – Gounod, Mozart ou Ravel – , histoire de faire oublier la triste et inhospitalière réalité de ces habitants entre déshérence, perte de repères et replis sur eux-mêmes.

L’annonce, telle une déflagration puissante, a fait l’effet d’une bombe dans la tête de l’auteur. Les tours de son enfance vont être détruites en 2019. De cette nouvelle salvatrice autant que cafardeuse, Karim Bel Kacem en tire une sombre litanie, un conte mélancolique entremêlant passé, présent et futur. Reconstituant à l’aide de planches de bois, avec l’ingénieuse complicité de son scénographe Jonathan O’Hear, les immeubles qu’il connaît dans les moindres détails, il leur imagine une vie entre réalité et fiction. D’un soir d’émeutes, où les murs semblent s’embraser, à une soirée banale où un fils réclame un peu d’argent à sa mère, en passant par le discours d’un André Malraux en verve qui promettait monts et merveilles à ceux qui viendrait peupler ces nombreux appartements construits sur le même modèle fonctionnel, imperceptiblement, il guide sa cité vers sa fin programmée, son explosion en mille éclats de vie.

23 rue Couperin_athenee_©Isabelle Meister_@loeildoliv

sur scène, Jonathan O’Hear recrée les tours de la cité du Pigeonnier © Isabelle Meister

Les ruines encore fumantes, espérant un avenir meilleur pour les habitants relogés, ailleurs, plus loin, dans des conditions moins inhumaines, Karim Bel Kacem avec la collaboration de l’ensemble Ictus, offre une renaissance musicale à toutes ces pierres qui n’ont de célèbre que les noms qu’ont a bien voulu leur attribuer. Tour à tour joyeux, inquiet, ou languissant, les airs se succèdent rappelant ceux connus de ces compositeurs qui ont donné un peu de lustre à ce monde de béton.

Apaisé par ces notes aux accents rock, classique ou jazz, par ces mélopées envoûtantes, la silhouette d’un homme apparaît dans la pénombre d’une scène dévastée, où quelques tours tiennent encore debout. Venant conclure cette poétique épopée où les souvenirs se brouillent, où les rêves enjolivent la banalité du quotidien, le dernier des occupants (investi Fahmi Guerbâa) survole les lieux, en sublime l’histoire.

Si l’on peut regretter le côté discontinu, décousu de ce spectacle -OVNI, on se laisse porter par la beauté esthétique de l’ensemble, la force évocatrice d’un enfant des cités qui loin des clichés esquisse un portrait utopique d’un lieu de vie, d’amour si souvent décrié.

par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

23 rue Couperin_2_athenee_©Isabelle Meister_@loeildoliv

L’ensemble Ictus donne le la aux musiques qui donne vie au 23 rue Couperin © Isabelle Meister

23 rue Couperin de Karim Bel Kacem
Athénée – Théâtre Louis Jouvet
Square de l’Opéra – Louis Jouvet
7, rue Boudreau
75009 Paris
Jusqu’au 19 mai 2018
Du mercredi au samedi à 20h et le mardi à 19h
Durée 1h00

mise en scène de Karim Bel Kacem
direction musicale d’Alain Franco
avec l’ Ensemble Ictus
avec Fahmi Guerbâa, Karim Bel Kacem
avec les musiciens Alain Franco, Aurélie Entringer, Serge Vuille, Flavio Virzi, Michael Schmid
scénographie et lumière de Jonathan O’Hear
dramaturgie de Corentin Rostollan
collaboration artistique : Maud Blandel
vidéo de Benjamin Cohenca
son Clive Jenkins, Lug Lebel, François Thuillard
pyrotechnie de Joran Hegi
éleveur d’oiseaux : Tristan Plot
avec la complicité de Lyna Khoudri, Fahmi Guerbâa, Fatima Mhaireg, Mouna Ajig, Idir Chender, Dali Benssalah, Nabil Drissi, Ziad Boudhib, Idir Mehrez, Azedine Kasri

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