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Paul Dupuy, plasticien de la matière

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Paul Dupuy présente l’une des œuvres de l’exposition substances qui a eu lieu, il y a quelques mois à la galerie de l’Europe ©Olivier F-A

Les cheveux mi-longs, bouclés, châtains, Paul Dupuy semble tout droit sorti d’un tableau de Michel-Ange. Mince, élancé, le jeune homme de 25 ans a l’arrogance et la nonchalance de ceux à qui tout réussit. Après avoir fait ses armes dans le business des start-up, il opère un virage à 180 ° pour devenir plasticien. 4 mois après ce changement de vie, ce prodige d’internet déroute en exposant ses premières œuvres. Jouant avec les matières et les couleurs chromées, l’artiste s’amuse des codes et fait une entrée remarquée dans le monde fermé des galeries parisiennes.

Réservé, timide, Paul Dupuy s’anime dès qu’il parle de son travail d’artiste. Anxieux, inquiet, il se détend et esquisse un sourire devant l’intérêt des gens pour ses œuvres. L’exercice est difficile. À peine 25 ans, et déjà, il expose dans une prestigieuse galerie de la rive gauche de Paris. Et pourtant, rien ne prédestinait le jeune homme à devenir plasticien.

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Paul Dupuy © Olivier F-A

Businessman en devenir

Le Bac en poche, il quitte la France pour s’installer à Hong-Kong. Il a 18 ans, l’envie de découvrir le monde et surtout, le souhait de faire carrière dans l’entreprenariat. « A l’époque, se souvient-il avec toujours un air d’insouciance, je ne me suis pas posé de questions. J’avais le projet de monter une start-up dans le domaine des médias, et cette ville chinoise au statut si particulier me permettait de donner libre cours à mes envies, sans contraintes réelles. Cela n’a pas marché. Je me suis planté, mais cela ne m’a pas découragé. Bien au contraire, ça m’a donné l’envie d’aller plus loin. » Dans la foulée, sans perdre un seul instant, il a créé une société qui vendait aux entreprises des technologies innovantes afin de mettre de la publicité sur Internet. L’entreprise fut florissante. Coca-Cola et Philips furent notamment ses clients. Durant 3 ans et demi, le futur artiste va travailler avec les plus grosses agences de pub et les grosses “boîtes”. « Basé à Hong-Kong, se remémore-t-il, je voyageais beaucoup, notamment en Asie. Le Japon et la Corée étaient mes principales destinations. Le mal du pays sans doute, j’ai eu envie de revenir à Paris. J’ai commencé à m’occuper des relations avec les différentes marques de référence pour le réseau Europe, pour Fancy.com, une application qui permet de découvrir des produits “cools”. C’est une grosse start-up avec un peu plus de 25 millions d’utilisateurs. » Paul Dupuy, jeune homme plein de ressource, est parti s’installer, il y a un an et demi,  à New York. En parallèle, il continue à créer de nouvelles start-up, qui n’ont pas encore porté leurs fruits.

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Paul Dupuy ©Olivier F-A

Changement de cap

De l’autre côté de l’atlantique, sa vision de la vie change. “En habitant au cœur de la Grande Pomme, explique-t-il, j‘ai été confronté à une société qui pense “business” à toute heure du jour et de la nuit. Je me suis senti en décalage. J’avais jusque là pensé que le principal moteur, pour moi, c’était de faire du “business” et de gagner de l’argent. Je me suis rapidement rendu compte qu’il me manquait une chose essentielle. Ça a été un vrai déclic. » Du jour au lendemain, il y a un peu plus de 6 mois, son mode de vie change. Paul Dupuy décide de consacrer du temps à la création artistique. Bien que sa mère soit peintre, il n’avait jamais eu l’idée qu’un jour il suivrait ses traces et s’essaierait à des expériences créatrices. « Je n’avais jamais tenu un pinceau de ma vie et je suis un piètre dessinateur, raconte-t-il. Mais ce matin là, je me suis levé avec l’envie irrépressible de faire des tableaux, pas pour exposer bien sûr, ce n’était pas l’idée, mais pour moi. Une nouvelle façon de donner du sens à ma vie, peut-être. Je me suis lancé et le processus créatif m’a enchanté. »

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Une des œuvres de l’exposition Substances consacrée à Paul Dupuy à la Galerie de l’Europe ©Alexandre Godard

Polyétheruréthane, une matière à part

Rapidement, il s’éloigne de la toile et de la peinture, des pinceaux. Il découvre le polyétheruréthane, sorte de mousse expansive que l’on peut modeler à sa guise et qui durcit très vite. « C’est une matière étonnante, dit-il avec un plaisir visible, j’adore la travailler et son rendu est étonnant. A l’œil, on a une impression de lourdeur, alors qu’en fait, l’œuvre est ultra-légère. C’est génial. Je pars d’une toile basique posée au sol et sur laquelle je disperse, à l’aide d’une bombe, le polyétheruréthane. Je le dompte, je le sculpte, je le lui donne la forme que je désire obtenir. Il faut être rapide avant que la mousse sèche et devienne dure et difficilement malléable. C’est un vrai challenge. » Dès que le jeune artiste a réussi à organiser la matière à sa guise, ou il la peint en doré, ou il la fait chromer en l’apportant dans un atelier où de l’argent y est pulvérisé. Ensuite, il peut, à sa guise, les vernir en ajoutant de la couleur : bleu, rouge, violet, etc… Tout est possible : il crée ainsi à l’envi.

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substances “rouge” de Paul Dupuy ©Alexandre Godard

Naissance d’un artiste surprenant

Eloigné du milieu de l’art, le jeune homme n’est pourtant pas un néophyte en la matière. Si, très longtemps, il l’a consommé en allant dans les musées ou en achetant çà et là des œuvres d’artistes contemporains, il ne l’avait jamais perçu comme une véritable démarche créatrice. Ce n’est pas faute d’avoir parlé de cet aspect de l’art avec sa mère. Mais jusqu’à il y a six mois, ce féru de Polock et Van Gogh, dont les toiles l’émeuvent et le fascinent, ne s’était pas imaginé qu’ il tenterait, un jour, d’être un artiste à part entière. « Il y a une vraie opposition  de posture, explique-t-il,  entre le fait de se contenter de regarder une œuvre et de créer soi-même. Et c’est cela qui m’intéresse. Cette nouvelle facette de ma personnalité me pousse d’ailleurs à regarder de plus près je travail des autres artistes. Non, pour m’en inspirer, je ne souhaite pas refaire des choses qu’on a faites avant moi et certainement mieux, mais pour mieux comprendre leur processus créatif. »

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Paul Dupuy devant une de ses œuvres préférées © Olivier F-A

Inspiration à l’instinct

« Quand je suis devant une toile blanche, confie Paul Dupuy, ce sont mes émotions et mon humeur du moment qui me guident. J’ai toujours un casque sur les oreilles. Etonnement !… Alors que la musique a peu d’impact sur ma vie de tous les jours, elle devient indispensable et indissociable de mon travail artistique. J’écoute beaucoup de Hip Hop ou de rock des années 70. » Le monde qui entoure le jeune plasticien est source d’inspiration : un détail, une rencontre, un paysage, un ressenti. Les œuvres, exposées un temps sous le titre Substances à la Galerie de l’Europe, dans le 6ème arrondissement de Paris, montrent toute la palette des émotions du jeune homme. Les formes se resserrent, s’étreignent et grouillent dans un fouillis parfaitement maîtrisé quand Paul Dupuy est sombre, triste. Elles s’épanouissent, s’arrondissent, dans un fatras tranquille quand il est joyeux, heureux. « A choisir, je préfère quand le polyétheruréthane se mélange de façon extrêmement serrée, souligne le jeune artiste en contemplation devant une de ses œuvres phares, où le chrome est d’un noir profond. C’est fabuleux à travailler. Je suis un garçon assez positif. C’est d’ailleurs pourquoi, dans ce tableau qui est l’un de mes préférés et que beaucoup considèrent comme particulièrement sombre, j’ai voulu mettre un puits de lumière, car au fond, je le crois sincèrement, quel que soit son état, il y a toujours de l’espoir. »
Si le businessman n’est jamais très loin de l’artiste, Paul Dupuy sculpte la matière, surtout par ce que le processus créatif le fascine. Il ne cherche pas à vendre, bien au contraire. Et pourtant, c’est certainement de cette dualité que naissent son talent et son envie d’aller toujours de l’avant. Avant tout, il s’intéresse au ressenti des gens face à ses œuvres. Il aime partager, découvrir et surtout, il est à l’écoute de l’autre, de ses critiques et de ses engouements.

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Le début d’une série ? © Alexandre Godard

Un futur en noir ?

Loin d’en avoir fini avec son travail au sein des start-up, Paul Dupuy souhaite à l’avenir continuer à faire des affaires tout en s’adonnant à sa créativité artistique. « Après cette première exposition, sourit, encore un peu incrédule, ce jeune loup de la finance, j’aimerais découvrir d’autres horizons. J’hésite encore. D’un côté j’ai une forte envie d’approfondir ce que j’ai fait avec cette œuvre noire et d’aller plus loin dans le processus, ou d’aller vers d’autres matières, d’autres envies. » L’artiste qui sommeillait depuis plus de 20 ans dans le corps de Paul Dupuy, s’est réveillé et ne semble pas prêt de s’arrêter en si bon chemin… Souhaitons lui bonne chance !…

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